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Mission de l’APHEC en Algérie du 10 au 12 décembre 2010

Le mercredi 9 février 2011.

1. La mise en place de la mission

2. L’organisation matérielle

3. Les établissements d’Oran et de Tlemcen

4. Notre contribution

5. Espoirs et difficultés

6. Prolongements de cette mission


1. La mise en place de la mission

Dans le cadre d’une mission de coopération universitaire intitulée « Appui à la réforme des onze écoles supérieures algériennes et à la création de l’école supérieure de technologie », mission initiée en 2008 pour trois ans, l’APHEC a été invitée à déléguer deux de ses membres, Philippe HEUDRON (Président) et Philippe KOHLER (Trésorier), à Oran et Tlemcen, afin d’y présenter les spécificités des CPGE commerciales, telles qu’elles fonctionnent en France.

  • « La coopération française accompagne la réforme des onze écoles supérieures algériennes. Cette réforme implique la création d’écoles préparatoires préparant à l’entrée dans les écoles. Quatre ont ouvert en septembre 2009 et cinq nouvelles en octobre 2010. Un certain nombre de formations des enseignants ont déjà eu lieu sur ces thèmes soit en Algérie soit en France, ayant donné lieu à une présentation des différents types d’organisation d’un cycle préparatoire en France (classe préparatoire en lycée, classe préparatoire intégrée, cycle polytechnique préparatoire dans les INP), et a permis à la partie algérienne de préciser les modalités d’organisation des écoles préparatoires.
  • Les enseignants sélectionnés pour dispenser les cours dans ces écoles préparatoires (EP) sont issus de l’enseignement supérieur où ils enseignent en tronc commun à l’université. Notre venue vise à présenter aux nouveaux enseignants des écoles préparatoires algériennes les spécificités pédagogiques de l’enseignement en CPGE, contribuant à la qualité de la formation. Ces enseignants ont élaboré les programmes de deux années, expertisés par des partenaires français, approuvés par le MESRS [1]. Au-delà d’une présentation générale des outils pédagogiques utilisés (tutorat, TD, TP, colles), et des discussions théoriques qui ont eu lieu au cours de l’expertise de ces programmes, des échanges circonstanciés sur l’enseignement en EP permettront de préciser les méthodes d’enseignement. » [2]

2. L’organisation matérielle

Sur le plan pratique, cette mission placée sous l’égide du Ministère des Affaires Étrangères a été organisée par l’Ambassade de France en Algérie, en la personne de Monsieur Stéphane GRIFFITH, Chef de projet Fonds de Solidarité Prioritaire : Appui à la réforme de 11 écoles supérieures algériennes et création de l’EST.

Après avoir quitté Roissy le vendredi 10 décembre en fin d’après-midi, nous sommes arrivés à Oran vers 22 heures où nous attendait Monsieur Benabbou SENOUCI, Directeur de l’École Supérieure Préparatoire d’Oran, afin de nous présenter le programme du lendemain et de nous conduire à notre hôtel.

3. Les établissements d’Oran et de Tlemcen

• Oran

L’établissement d’Oran, créé en septembre 2010, a pour mission de préparer des bacheliers aux concours qui permettront d’accéder aux écoles supérieures de commerce algériennes. Cet établissement accueille environ 300 étudiants. Les infrastructures, encore en devenir, sont partagées avec un autre établissement d’enseignement. Anciennement occupés par la faculté de médecine, les locaux doivent encore être dotés en matériels et en livres pour permettre un fonctionnement optimal de cette entité.

  • Deux différences essentielles nous sont apparues d’emblée entre nos CPGE et cette École Préparatoire : d’une part, le nombre d’étudiants qui aura au bout de la période de préparation une chance d’intégrer une école supérieure de commerce sera faible, ce qui induira un fort taux de déception et de réorientation vers les voies classiques de l’Université ; d’autre part, l’organisation pédagogique de cette préparation s’apparente non pas à notre modèle, mais à celui des facultés : les cours regroupent un très grand nombre d’élèves en amphithéâtre ou en travaux dirigés, les enseignants sont administrativement structurés comme dans nos universités (et notamment avec professeurs, maîtres de conférences, maîtres-assistants et d’autres catégories qui n’existent pas en France), et enfin la prise en charge collégiale des étudiants exclut toute responsabilité personnelle de l’enseignant face à la réussite ou à l’échec de ses élèves.
  • Les enseignements dispensés s’articulent autour de quatre pôles : un ensemble « Mathématiques » très solide (9 heures hebdomadaires), un ensemble « Économie et techniques de gestion » (7 heures hebdomadaires), un ensemble « Langues [Français + Anglais] » (8 heures hebdomadaires), un ensemble « Culture générale », réparti comme suit : 2 heures de « Philosophie » (semestres 1 & 2) puis « Introduction aux sciences sociales » (semestres 3 & 4), 2 h de « Droit » (semestres 1 & 2), puis « Géographie économique » (semestres 3 & 4) et 2 h d’informatique. Soit 30 heures de cours par semaine. Cette formation s’apparente grosso modo à une synthèse des enseignements dispensés en ECS, en ECE et en ECT. Il est important de noter que dans l’ensemble de ces disciplines, il est prévu que l’enseignement soit donné presque exclusivement en français.

• Tlemcen

L’école de Tlemcen, de création récente également, jouit d’infrastructures vastes et bien aménagées. Plusieurs amphithéâtres, de nombreuses salles informatiques dotées de matériels neufs, une bibliothèque en cours de mise en place, des salles vastes et bien équipées : tous les éléments matériels nécessaires à la réussite des élèves sont réunis.

4. Notre contribution

Aussi bien à Oran le samedi, qu’à Tlemcen le dimanche, Philippe HEUDRON et moi-même avons clairement souligné, en préalable à nos interventions, que nous agissions en qualité de représentants de l’APHEC et nous avons d’ailleurs profité de ces occasions pour expliquer à nos interlocuteurs le fonctionnement et l’utilité de notre association.

  • À Oran, nous avons pu, durant la matinée, présenter à l’ensemble des professeurs rassemblés en amphithéâtre, le mode de fonctionnement de nos CPGE et des concours d’entrée dans les Grandes Écoles de Commerce. Nous avons évoqué différents aspects de notre pédagogie, expliquant dans un premier temps comment sont recrutés nos étudiants, présentant le site admission-postbac.org, les critères de recrutement en CPGE, l’organisation de notre enseignement, scindé en cours, khôlles et devoirs surveillés, le nombre de semaines de cours et leur nature. Dans un second temps, nous avons décrit les concours et les écoles pour aborder en conclusion le statut spécifique des professeurs de CPGE.
  • Au cours de notre exposé, nous avons à maintes reprises mis l’accent sur la nécessité de jouer constamment sur l’émulation pour faire vivre le système et le conduire au succès ; émulation qui existe chez nous entre les Classes Préparatoires qui accueillent nos préparationnaires, entre les lycées à classes préparatoires, entre les différentes classes à l’intérieur de chaque lycée, entre les professeurs de CPGE et in fine bien sûr entre les étudiants qui sont ainsi préparés aux concours qui les attendent. Les notions de classement et d’émulation étant indissociables, la qualité recherchée par tous les acteurs du système est la résultante de cette émulation.
  • Après le déjeuner qui nous a été offert par l’école et auquel ont participé tous les directeurs et collègues présents, nous avons retrouvé l’amphithéâtre pour y répondre aux nombreuses questions que voulaient nous poser les professeurs algériens, sur certains des points déjà évoqués le matin.
    • La rencontre oranaise s’est achevée sur un échange d’adresses et des discussions informelles chaleureuses avec l’ensemble des personnes présentes. En fin de journée, Monsieur SENOUCI avait mandaté l’un de ses anciens étudiants qui nous a tenu lieu de guide et nous a fait visiter le centre d’Oran, ainsi que le site de Santa Cruz non loin de la ville.
    • Le lendemain matin, nous quittions notre hôtel oranais à sept heures trente pour gagner Tlemcen en voiture, accompagnés d’un professeur de l’école préparatoire supérieure de cette ville.
  • Dès notre arrivée, nous fûmes accueillis par divers enseignants, et en particulier le Professeur Abderrezak BENHABIB, Directeur de l’École Préparatoire en Sciences Économiques, Commerciales et Sciences de gestion de Tlemcen. Au cours d’un assez long entretien, ouvert et chaleureux, Philippe HEUDRON et moi-même avons eu la possibilité d’exposer un certain nombre des points que nous avions déjà abordés la veille. Ensuite, on nous proposa une visite complète de l’établissement qui nous a permis de nous faire une idée plus précise des moyens matériels mis à la disposition des nouveaux étudiants et aussi d’échanger librement avec les enseignants qui nous accompagnaient, voire de faire brièvement la connaissance d’étudiants rassemblés dans divers amphithéâtres.
  • Cette journée à Tlemcen s’est poursuivie par un échange informel dans un restaurant, avec notamment les Professeurs BENHABIB et BENBOUZIANE, et s’est terminée par une courte escapade touristique sur les hauteurs de la ville, où notre accompagnateur nous a dit se féliciter de la sécurité dont on jouissait désormais, dans une région autrefois secouée par les attentats terroristes. Ramenés en voiture à Oran, nous avons pris l’avion en fin d’après-midi et atterri à Roissy le dimanche soir.

5. Espoirs et difficultés

Je voudrais ici faire part de remarques personnelles, inspirées par ces journées d’information « bidirectionnelle ». Il s’agit donc moins ici de la relation de faits que de commentaires subjectifs sur ce que nous avons vu et entendu au cours de nos différentes rencontres.

  • L’Algérie est actuellement confrontée à diverses fêlures, on pourrait même à la lumière des récents événements sociaux qui l’ont agitée, parler de fractures. Les constats ci-dessous, établis au début du mois de décembre 2010, ne sont nullement contredits pas les derniers embrasements et esquissent quelques-uns des défis que devra relever le pays.
    • D’une part, les élites qui dirigent aujourd’hui le pays sont majoritairement, voire en totalité, francophones et ont été formées selon les méthodes et les principes qui prévalaient avant 1962. L’arabisation voulue et imposée pendant deux décennies par les autorités de ce pays pour combattre l’islamisme a éloigné la jeunesse algérienne de la langue française, ce qui a été nuisible à l’émergence d’une classe dirigeante capable dans les domaines économique, financier et politique de s’imposer sur les marchés internationaux. La création de ces ESP et de ces écoles supérieures de commerce où le français devient le véhicule linguistique quasi exclusif vise sans doute à inverser cette fâcheuse orientation. Le vieillissement des élites et le rajeunissement concomitant de la population dans son ensemble rendent cette politique encore plus urgente.
    • D’autre part, il semble évident qu’entre les régions côtières et l’intérieur du pays, le niveau de scolarisation des jeunes est très dissemblable. L’insuffisante maîtrise de la langue française est un handicap majeur pour beaucoup de jeunes garçons et de jeunes filles issus des zones semi-désertiques du pays. Cela nécessitera peut-être un traitement spécifique approprié pour ces étudiants moins favorisés, permettant de préserver au moins sur le plan scolaire l’unité du pays.
    • La troisième fêlure concerne un aspect qui, pour être plus éloigné de notre sujet, ne le concerne pas moins. Il s’agit de la division de l’économie de l’Algérie entre le secteur des hydrocarbures et les autres secteurs. La prépondérance de l’industrie liée à l’exploitation du pétrole et du gaz posera à terme le problème de l’emploi des diplômés formés par les écoles supérieures de commerce, si ce seul secteur n’est pas en mesure de les « absorber » tous. D’autres branches de l’économie devront prochainement éclore si l’on veut éviter de faire naître force rancœurs chez ces jeunes bien formés et cultivés, mais sans travail. Ainsi, si la sécurité pouvait s’installer durablement dans ce pays et rassurer les Occidentaux, il serait possible à l’évidence de développer dans ce beau pays des formes de tourisme, créatrices d’emplois et de richesses.
    • Par une gestion dirigiste des flux de jeunes appelés à entrer dans ces écoles, l’Algérie semble également vouloir favoriser une mixité ethnique entre les différentes régions du pays, peut-être dans le but d’y limiter la consanguinité dont le taux reste là-bas très élevé. Ainsi, on nous a expliqué que chaque école préparatoire recevait de toutes les wilayas algériennes un nombre proportionnellement égal d’étudiants afin de favoriser un brassage culturel et ethnique. À titre d’exemple, dans l’école préparatoire de Tlemcen, une dizaine de jeunes seulement est originaire de la région de Tlemcen.

6. Prolongements de cette mission

Au cours de ces journées, nos interlocuteurs nous ont convaincus de l’intérêt qu’ils portaient à ces échanges de vues et ont aussi émis des vœux quant au renforcement de cette coopération dans l’avenir. Plusieurs axes semblent souhaités.

  • Amélioration de l’information de tous les personnels sur nos méthodes et sur la manière optimale d’organiser ces études supérieures. Ce vœu est émis avec d’autant plus de force que nous avons nettement perçu l’angoisse de beaucoup d’acteurs, face à l’absence de projets clairement présentés pour organiser les prochaines étapes. Quelles formes le concours prendra-t-il, quels seront les critères d’admission, quelle sera la part résiduelle d’arbitraire dans ce processus d’admission ? Autant de questions posées par les professeurs, mais bien entendu aussi par les étudiants eux-mêmes.
  • Intensification des échanges avec les enseignants français « de l’autre côté de la rive » pour reprendre une expression émouvante, maintes fois entendue. Professeurs français allant en Algérie et professeurs algériens venant pour des stages, des missions exploratoires ou des séjours plus longs en France.
  • On peut aussi – et l’APHEC a déjà commencé à s’en préoccuper – envoyer à nos collègues algériens des ouvrages présentant les programmes, les épreuves et les modalités de nos concours et même envisager que ceux d’entre nos collègues algériens qui le souhaitent puissent, dès lors qu’ils enseignent dans la même filière que nous, devenir membres associés de l’APHEC. Cela leur permettrait notamment d’accéder aux ressources mises en ligne sur notre site. Nous allons étudier les modalités pratiques de cette mise en commun de nos ressources numériques.

Je voudrais conclure ce rapport en remerciant tout particulièrement Monsieur Stéphane GRIFFITH, détaché de l’IAE de POITIERS qui, au Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France à Alger, a œuvré avec patience et courtoisie pour faciliter l’accomplissement de cette mission.

Philippe KOHLER

Professeur d’allemand

Trésorier de l’APHEC

Notes

[1MESRS : Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (algérien)

[2Ce texte est extrait du « Cahier des charges de l’opération » qui nous a été remis par les services de la Coopération.


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