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Les Lumières, l’Europe, les classes préparatoires : à Janson, CPGE se décline aussi en CPJE

Le jeudi 30 août 2018.

Le 29 mars 2018, les CPJE, Classes Préparatoires Janson Europe, furent officiellement ouvertes. Elles visent à accueillir, dans toutes les filières des classes préparatoires du Lycée Janson-de-Sailly, dès la rentrée 2018, de jeunes Européens de lycées partenaires, dans le sillage des Lumières qui préconisaient un cosmopolitisme de l’hospitalité. Un tel continuum spatial, par la diplomatie de rayonnement qu’il induit, permet des confrontations de représentations, pour en faire des nourritures de paix.


Le jeudi 29 mars 2018, au lycée Janson-de-Sailly, devant les fresques de l’entre-deux-guerres de la Salle des Actes, Monsieur le Proviseur Patrick Sorin a déclaré ouvertes pour la rentrée 2018 les CPJE, Classes Préparatoires Janson Europe. Moment très particulier, fort, que ce lancement officiel d’un partenariat entre des lycées européens — hors lycées français du réseau de l’AEFE — et le lycée Janson-de-Sailly.

Assistaient notamment à cette cérémonie, autour des chefs d’établissement et des professeurs impliqués dans cette action, les représentants des Ambassades d’Allemagne et de Croatie, Monsieur Luc Pham, Directeur Académique des Services de l’Éducation Nationale, Madame Anne Tallineau, Directrice de l’Institut Français, Monsieur Ross McIness, président du conseil d’administration de Safran, Monsieur Julien Manteau, Directeur de la Stratégie et du Développement de l’école HEC Paris, Madame Marie-Noëlle Koebel, Directrice des études de l’ESSEC Grande École, Monsieur Thomas Allanic, Directeur des Programmes Master in Management d’ESCP-Europe, Monsieur Rodriguez, représentant de Mines-Ponts, Monsieur Renaud Dorandeu, Directeur du Département LSO de Paris-Dauphine, Madame Anny Forestier, présidente de la Fondation Janson-de-Sailly, Monsieur Claude Mantoux, Président de l’Association des Anciens Élèves de Janson-de-Sailly. L’UPS et l’APHEC étaient également représentées. N’étaient pas présents, mais avaient manifesté leur soutien : Gaëtan Bruel pour le Quai d’Orsay, l’École Polytechnique, la Région Île-de-France, la Municipalité du 16e arrondissement.

Une idée clé a orienté cette initiative. Pourquoi priver d’excellents lycéens d’Europe, qui sont souvent francophones et francophiles, de l’opportunité de suivre un cursus en classes préparatoires, puis dans les Grandes Écoles ? Si notre langue leur a ainsi été apprise, comme horizon d’attente et comme paysage que locuteurs et auteurs ont dessiné, les jeunes Européens peuvent s’appuyer sur elle pour espérer, par elle, réussir, comme préparationnaires, à Janson, les concours vers ces Grandes Écoles littéraires, commerciales et scientifiques si réputées. Dans sa prise de parole, en qualité de futur parrain de la première promotion CPJE, Ross Mac Iness, ancien élève de Janson, a dit la valeur très forte de l’enseignement prodigué en classes préparatoires, « produit de luxe », un atout diplomatique de la France.

Monsieur le Proviseur Patrick Sorin et Monsieur Mourad Kchouk, Proviseur adjoint pour les classes préparatoires, ont, pour ces CPJE, constitué un groupe de professeurs volontaires appartenant aux différentes filières des classes préparatoires, pour rencontrer les responsables des différents lycées européens, présenter les classes préparatoires et les Grandes Écoles, et commencer à sélectionner des dossiers de candidature afin de recruter des étudiants pour la prochaine année scolaire, en khâgne, en EC ou en taupe.

Le programme Erasmus avait commencé à fluidifier, il y a plus de trente ans, la possibilité pour les étudiants de partir étudier à l’étranger. Dans son sillage, le processus de Bologne, amorcé il y a vingt ans par la déclaration de La Sorbonne, sur la base de la convention de Lisbonne, a entrepris de rapprocher les modalités des cursus de l’enseignement supérieur en Europe, en veillant à rendre celles-ci plus interopérables, dans le but de constituer un espace européen de l’enseignement supérieur. Cette visée d’une harmonisation, base d’une reconnaissance mutuelle des qualifications, a progressé vers une lisibilité des diplômes délivrés par chaque État par tous les autres États, grâce au schéma LMD (Licence, Master, Doctorat), la semestrialisation et les ECTS transférables et cumulables. L’initiative des CPJE explore une dimension inédite : faire goûter à des lycéens de l’espace européen ce cursus si particulier que sont les classes préparatoires, voie royale pour accéder aux Grandes Écoles à l’esprit si français, nées pour beaucoup d’entre elles au milieu du siècle des Lumières, d’autres pendant la Révolution Française, sous des auspices émancipateurs. Et les suivantes pour accéder au prestige des précédentes.

On dira qu’il fallait alors former des exécutants, irréprochables et fiables, peut-être. Mais aussi et surtout des esprits libres. Réduire un tel cursus à de strictes exigences opérationnelles, voire à une docilité technocratique, irait à l’encontre de sa teneur. Si les Grandes Écoles ne menaient qu’à un conformisme servile, ceci finirait par se savoir, et la mention, dans un curriculum vitae, du pedigree « classe préparatoire et accession à une Grande École par concours » serait plus stigmatisante que valorisante. Bien au contraire, si les Grandes Écoles sont à ce point reconnues, tant qu’elles gardent pour vivier privilégié les candidats entrés par concours, c’est parce qu’elles savent conjuguer les arts dits libéraux et les arts considérés autrefois comme serviles. L’Encyclopédie ouvrit la voie à cette recomposition des compétences. En elle, les articles de Jean-Jacques Rousseau sur l’harmonie musicale et l’harmonie préétablie côtoient les planches de Louis-Jacques Goussier qui exposent l’ingéniosité des arts mécaniques dans les manufactures.

Les Grandes Écoles, et les classes préparatoires qui y mènent, ne veulent pas formater des exécutants, mais former des intellectuels et des visionnaires, capables de créer des variantes réfléchies des procédures rencontrées afin d’inventer de nouveaux métiers. Ceci suppose que les classes préparatoires fassent rêver. D’où cette mise en synergie, humaniste, de disciplines abstraites et concrètes. Ceci définit précisément ce que les CPJE se proposent : ouvrir cette proposition de scolarité à des lycéens européens.

Un tel continuum spatial, par la diplomatie de rayonnement qu’il induit, prolonge et enrichit le continuum temporel expérimenté par Janson depuis cette année, sur l’initiative de l’APHEC, entre classes préparatoires et Grandes Écoles de commerce.

Le mouvement des Lumières, qui concerna toute l’Europe, porta fleurs et fruits chez les philosophes comme chez les poètes. Kant, dans Vers la paix perpétuelle, dénonça les clauses secrètes des armistices, impubliables, car arrachées par contrainte, léonines, ne devant surtout pas être divulguées aux peuples qui, alors, se seraient révoltés. Dans le registre géopolitique, Kant fait du publiable l’équivalent de l’universalisable dans le registre moral. Pour que la paix soit effectivement la paix, il est impératif d’aller vers une diplomatie de la lisibilité, de la visibilité : « Quand on a fait ainsi abstraction de tout ce que l’idée du droit civil et du droit des gens peut contenir d’empirique [...] on a la proposition suivante, que l’on peut appeler la formule transcendantale du droit public : “Toutes les actions relatives au droit d’autrui, dont la maxime n’est pas susceptible de publicité, sont injustes.”

D’où l’importance, pour les peuples, dans la recherche d’un droit international, “de se rapprocher continuellement” pour se familiariser avec la langue de l’autre, éviter les contresens et les non-dits. Ceci génère, toujours dans Vers la paix perpétuelle, la proposition d’un cosmopolitisme sous la clause d’hospitalité. Kant exclut la perspective d’un État unique qui se substituerait à tous les États, puisque les espaces politiques trop vastes, dans lesquels les représentants sont hors de vue de ceux qu’ils représentent, sont volontiers tyranniques. Des États, donc, au pluriel, dont les citoyens sont invités à voyager, comprendre comment s’expriment ceux qui leur sont étrangers, les recevoir, être reçus par eux, sans pour autant se confondre à eux : “[...] l’idée d’un droit cosmopolitique ne peut plus passer pour une exagération fantastique du droit ; elle apparaît comme le complément nécessaire de ce code non écrit, qui, comprenant le droit civil et le droit des gens, doit s’élever jusqu’au droit public des hommes en général, et par là jusqu’à la paix perpétuelle, dont on peut se flatter, mais à cette seule condition, de se rapprocher continuellement.”

On trouve chez Victor Hugo, après son retour d’exil, dans le Discours d’ouverture du congrès littéraire international de juin 1878, la même conviction que l’opacité est toujours porteuse de périls pour les peuples : “L’ignorance est un crépuscule ; le mal y rôde. Songez à l’éclairage des rues, soit ; mais songez aussi, songez surtout, à l’éclairage des esprits. Il faut pour cela, certes, une prodigieuse dépense de lumière. C’est à cette dépense de lumière que depuis trois siècles la France s’emploie.”

Certes, ce jour-là, c’est sur la France, puissance invitante, que l’accent est mis : “La France est d’intérêt public. La France s’élève sur l’horizon de tous les peuples. Ah ! disent-ils, il fait jour, la France est là !” Mais à de nombreuses occasions, il évoque la pacification puissante qui découle d’une fréquentation mutuelle des nations du continent européen, curieuse et respectueuse des spécificités. C’est à cette prodigieuse dépense de lumière que chacune des nations européennes s’emploie.

Ainsi, dans son discours au Congrès de la paix du 21 août 1849, Victor Hugo avait évoqué les qualités distinctes, la glorieuse individualité prodiguée par chaque nation pour les ressortissants des autres, dans la droite ligne du “cosmopolitisme sous clause d’hospitalité” : “Un jour viendra où [...] vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne. […] Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées. [...] Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique, les États-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies...”

La figure tutélaire de Victor Hugo, qui assista en voisin à la pose de la première pierre du lycée Janson-de-Sailly par Jules Ferry, n’est pas rien. Celle de Raoul Nordling, consul général de Suède, jansonnien, qui sut, en août 1944, négocier très longuement avec le général allemand von Choltitz pour faire libérer des prisonniers et éviter la destruction de Paris, dit l’importance, s’il en était besoin, que de jeunes Européens puissent, dans ces CPJE, s’approprier notre langue, disserter, argumenter, faisant aussi des représentations qu’ils portent eux, pour les jeunes Français, des nourritures de paix.

Les établissements européens partenaires

À ce jour, les établissements européens partenaires de Janson sont les suivants :

– pour l’Allemagne, le lycée franco-allemand de Fribourg, le lycée franco-allemand de Sarrebruck et le lycée Moser Schule de Berlin ;
– pour la Croatie, les lycées IV et XV de Zagreb ;
– pour l’Espagne, le lycée Alboran d’Almeria et le lycée Alfonso X de Murcie ;
– pour la Hongrie, le lycée Ferenc Kölcsey de Budapest ;
– pour la Suède, le lycée Hvitfledska de Göteborg et le lycée Franska Skolan de Stockholm.

Des contacts en voie de finalisation ont été pris avec l’Italie, la Roumanie et la République Tchèque.

Véronique BONNET

Professeur de chaire supérieure au lycée Janson-de-Sailly

Responsable de la philosophie-culture générale en ECS au CA de l’APHEC

Vice-présidente de l’APHEC pour la voie S

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