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Discours de Valérie Pécresse, Ministre de l’Enseignement Supérieur, le 24 mai 2008

Le dimanche 1er juin 2008.

Le 24 mai 2008, discours de Valérie Pécresse lors de la cérémonie de remise des attestations aux promotions 2008 des programmes "Une grande école : Pourquoi pas moi ?" de l’ESSEC et de l’Ecole Polytechnique.


Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je suis très heureuse de vous retrouver pour cette rencontre à la fois conviviale et studieuse.

Vous avez souhaité aujourd’hui mettre à l’honneur des étudiants et des élèves engagés dans un projet de réussite et vous avez profité de l’occasion pour travailler sur la question de l’ouverture sociale des Grandes Ecoles.

Vous avez eu raison de lier les deux sujets, car il n’y a pas de démocratisation possible sans l’engagement de chacun au service d’un projet collectif.

C’est cet engagement, c’est votre engagement que je suis venu saluer à l’occasion de cette cérémonie.

Vous le savez, la volonté du Président de la République est que 5% des meilleurs élèves des lycées puissent accéder aux filières sélectives de notre enseignement supérieur.

Cet objectif est conforme à une double nécessité stratégique pour notre pays :

  • Une exigence de qualité, qui doit conduire 50% de nos jeunes à un diplôme d’enseignement supérieur pour que notre pays puisse relever le défi de la bataille mondiale de la connaissance.
  • Mais aussi une exigence d’équité par la garantie donnée à tous d’une égalité des chances qui fonde notre cohésion sociale et préserve notre pacte républicain.

L’objectif des 5% ne doit pas être conçu comme un quota, mais plutôt comme un pallier qu’il faudra dépasser.
Le Président de la République nous a fixé un horizon national, mais nous savons que les situations sont très diverses selon les filières, selon les territoires, selon l’origine scolaire et sociale de nos bacheliers.

Il faut donc avoir une vision fine et différenciée de l’ouverture sociale des classes préparatoires pour lutter contre les fractures sociales et territoriales qui affectent notre système d’enseignement supérieur.

Les classes préparatoires accueillent aujourd’hui environ 22% de boursiers contre 28% pour les filières académiques de l’université. Je me suis fixé pour objectif d’atteindre un tiers de boursiers en classes préparatoires.

Nous pouvons relever ce défi si une volonté ferme et partagée nous anime. Les C.P.G.E. scolarisent actuellement en 1ère année 38 000 élèves. 4000 places sont vacantes. Cela n’est pas justifié, d’autant que 2000 places sont également vacantes dans un certain nombre d’écoles de commerce et d’ingénieurs.
Nous pouvons donc d’ores et déjà scolariser 42 000 élèves en 1ère année de classe préparatoire. Commençons par utiliser à plein notre système de formation, offrons ces places vacantes à de nouveaux talents ! J’y serai particulièrement attentive.

Le portail de préinscription Admission Post Bac qui fonctionne pour toutes les classes préparatoires nous permettra dès le mois de juillet une mesure précise des places vacantes ou susceptibles de l’être à la rentrée prochaine. Je demanderai aux Recteurs de porter une attention particulière à ce que ces places soient proposées à des élèves méritants.

Mais pour atteindre le chiffre que nous visons de 30% de boursiers soit, 14 000 étudiants de l’enseignement supérieur en classes préparatoires, il faut évidemment aller au delà, mener une politique de recrutement ciblée.

J’ai demandé cette année encore aux Recteurs d’être les fers de lance ce cette politique dans l’ensemble des espaces de formation disponibles pour nos étudiants.

Mais encore faut-il que les lycéens connaissent les classes préparatoires et nourrissent l’ambition de les rejoindre.

Dans un monde ouvert, multiculturel, où les métiers nouveaux émergent, les jeunes doivent être informés honnêtement et complètement de l’offre de formation.

Aujourd’hui un élève de terminale qui souhaite entrer en classe préparatoire a 7 chances sur dix de voir un de ses vœux satisfait. Il doit donc pouvoir s’y engager en toute sérénité, en connaissant à la fois les exigences de ces cursus mais aussi la diversité de leurs débouchés possibles.

C’est d’ailleurs pour dédramatiser les CPGE, que j’ai souhaité finaliser l’articulation des classes préparatoires au cycle Licence en permettant la délivrance de crédits universitaires aux élèves de C.P.G.E. par des commissions mixtes d’universitaires et de professeurs de classes préparatoires..

Il était indispensable de sécuriser les parcours des élèves. C’est aujourd’hui un nouveau facteur d’attractivité pour ces classes et notamment au regard des familles socialement les plus fragiles qui ne peuvent se permettre d’engager leurs enfants dans des études longues sans pallier de sortie intermédiaire possible.

Il était nécessaire de démythifier les classes préparatoires, il faut également lever tous les processus d’autocensure qui empêchent un certain nombre d’élèves de simplement envisager une classe préparatoire.

Fadela Amara est venue ouvrir la cérémonie en début d’après-midi (je la salue) et veux vous dire qu’à ses côtés, Xavier Darcos et moi-même, sommes totalement mobilisés pour faire vivre les talents de nos quartiers.

Nous devons briser les ghettos mentaux, abattre les murs culturels qui découragent les enfants des familles les plus modestes d’oser la classe préparatoire. Et pour cela qui mieux que ceux qui ont réussi peuvent soutenir l’ambition de ceux qui doutent ?

C’est le sens des partenariats entre écoles, lycées à CPGE et lycées, qui voient le jour partout sur notre territoire. Les têtes de cordée sont là : Polytechnique, l’ESSEC, HEC, les ENS, l’ESCP, l’EAP, l’ESC Troyes mais aussi des universités qui passent convention avec des lycées, eux même-mobilisés pour aller chercher de futurs étudiants, là où on n’y croit pas, là où parfois on n’y pense même pas.....dans des établissements plus isolés, en banlieue, en zone rurale et dans nos départements et territoires d’outre-mer.

Ces « Cordées de la réussite » je souhaite les voir se structurer, s’animer, se développer. En maillant notre territoire scolaire, elles sont un formidable outil de promotion du droit pour chacun de réussir autant qu’il le peut et autant qu’il le mérite. C’est pourquoi j’ai décidé que ces réseaux seraient labellisés par mon ministère, afin de mieux les accompagner, mieux les soutenir, mieux les évaluer.

Les dispositifs de soutien de l’ambition des élèves par les établissements d’enseignement supérieur doivent être inscrits explicitement dans les politiques d’établissements, évalués et soutenus par le ministère dans le cadre du contrat.

Je crois que l’accès de tous les talents à toutes les réussites se construit par des liens tissés, par des solidarités choisies mais aussi grâce à un engagement politique sans faille.

Alors on me dit ici ou là que la volonté d’ouvrir plus largement les classes préparatoires aux élèves les plus fragiles socialement, serait un mauvais coup porté aux universités qui perdraient ainsi de bons étudiants. Franchement, je ne le pense pas !

La « classe prépa » est une filière qui a fait ses preuves, certes, mais qui correspond à une culture de formation bien particulière pas nécessairement adaptée à tous les profils, à tous les projets de nos bons bacheliers.

Notre système d’enseignement supérieur s’est bâti il y a plus d’un siècle sur une différenciation fondamentale : l’université ouverte à tous et académique d’un côté, les grandes écoles plus professionnelles et recrutant de manière sélective de l’autre. Aujourd’hui cette dualité est une force pour notre pays. Sachons la préserver !

Mais il y a, pour nos deux systèmes de formation, un objectif partagé que je veux défendre résolument : la capacité de l’un et de l’autre, de l’un avec l’autre, à former, à qualifier, le plus grand nombre de nos jeunes.

Avec le plan « Réussir en licence », j’ai d’ailleurs porté un message clair aux universités :

  • Que vos formations soient renforcées et plus lisibles,
  • Que vos débouchés soient mieux assurés,
  • Que vos enseignants soient pleinement investis dans le devenir de vos étudiants !

Alors, vous aurez autant d’atouts que les classes préparatoires ! Alors vous accueillerez les bons étudiants dont le système universitaire a besoin !

Les universités ont vocation à être, elles aussi, des têtes de cordées. Certaines se mobilisent déjà. Je souhaite que toutes, dans leur domaine de formation, entrent dans une culture de l’attractivité. L’orientation active c’est cela : des établissements d’enseignement supérieur qui offrent tous les possibles aux élèves, en fonction de leurs talents, de leurs envies, de leur motivation... des établissements qui les informent, les conseillent, et les accompagnent jusqu’à la réussite.

Car chaque étudiant a son chemin ; ces chemins sont divers, l’essentiel est qu’ils puissent faire des détours et éventuellement se rejoindre. C’est ainsi que la classe préparatoire peut être une marche vers l’université, que l’université peut conduire à une école et que les écoles doivent pouvoir s’ouvrir sur le doctorat.

Aujourd’hui, le système est plus cohérent, plus lisible et plus ouvert. Il permet la multiplication des chances de réussite. Nos étudiants doivent pouvoir évoluer dans un parcours de formation le plus fluide possible, susceptible de s’infléchir en cas d’erreur d’orientation...

Un parcours capable aussi de s’enrichir de toutes les formes d’intelligence et de la variété des compétences dont disposent nos élèves.

A ce propos, vous me permettrez, Général, de profiter du lieu dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui pour évoquer les élèves des classes préparatoires technologiques dont certains, ont vocation à rejoindre les écoles militaires, je pense en particulier aux élèves des classes technologiques en sciences de l’ingénieur.

Nous savons que ces filières sont de formidables espaces de promotion sociale ; qu’elles permettent à des élèves à l’intelligence plus concrète d’accéder de manière progressive à l’abstraction.

Je sais qu’Hervé Morin est comme moi très attaché à ce que les Ecoles militaires restent ce qu’elles ont toujours été dans l’histoire de la République : des leviers de l’ascension sociale. Je connais la volonté de l’Ecole Polytechnique d’assumer pleinement cet héritage. Soyons donc attentifs ensemble, à ce que notre système d’enseignement supérieur reste accessible à la diversité des talents.

Toutes les écoles d’ingénieurs et les écoles de commerce doivent d’ailleurs rester ouvertes aux élèves des classes préparatoires technologiques

Je veux une université et des écoles ouvertes à toutes les formes d’excellence. C’est à cette condition que nous ferons vivre dans les têtes de nos jeunes l’envie de se dépasser et l’envie de réussir

Alors bien sûr, cette envie de réussir, elle se donne, elle se partage ! Et c’est précisément ce que vous avez choisi de faire, mesdemoiselles, et messieurs.

Je suis venue vous en féliciter et vous en remercier. Mais je suis surtout venue vous dire qu’avec vos professeurs, vos équipes de directions, vous êtes les liens qui font ces réseaux, qui font ces maillages d’une solidarité éducative, scolaire, culturelle dont nous avons aujourd’hui profondément besoin.

Le tutorat, sous ses toutes ses formes, c’est le maillon fort des partenariats que nous voulons mettre en œuvre. Des étudiants qui accompagnent des lycéens, les soutiennent, leur ouvrent des portes : voilà comment se construit l’ambition partagée.

Je souhaite que le tutorat se développe dans l’ensemble de notre système de formation. L’association Une Grande école pourquoi pas moi est aujourd’hui à l’honneur ; elle fait la preuve de la capacité des étudiants à inscrire la solidarité dans leur parcours de vie. C’est à nous les adultes, de reconnaître l’intérêt et l’utilité du tutorat à la fois pour les étudiants, pour les élèves qu’ils accompagnent bien sûr, mais aussi pour la construction d’un projet social global durable.

Le tutorat doit irriguer la vie étudiante comme elle irrigue aujourd’hui nos collèges et nos lycées. C’est pourquoi le tutorat obligatoire à l’intention des étudiants en difficulté fait partie des dispositifs promus et soutenus dans le cadre du plan « Réussite en licence » que j’ai proposé aux universités de mettre en œuvre en décembre dernier.

Je salue aujourd’hui l’initiative de l’association Une Grande école, pourquoi pas moi ! qui a décidé d’étendre l’intervention des étudiants tuteurs à des étudiants de premier cycle. Je suis très heureuse de vous annoncer que mon ministère s’associera à cette action par la signature d’une convention pluriannuelle d’objectifs.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, vous me trouverez à vos côtés chaque fois que vos idées, vos initiatives, vos réussites participeront au projet que nous bâtissons ensemble : l’épanouissement personnel et la réussite professionnelle de nos jeunes.

Je vous remercie.


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